ARTICLE : Toutes les cartes du Monde et de tout le monde sont rebattues.

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Tout change, tout le temps c’est sûr ….mais en ce moment, c’est fort !

Alors je me suis demandé ce qui se passait pour les patients, que font-ils avec leurs problèmes ? Qu’advient-il de tous les problèmes ?

Et puis il y aussi un changement de contexte majeur : le confinement :

Avec qui se confine-t-on d’ailleurs ?

Les couples :

Certaines, j’imagine, sont confinées avec « l’officiel » qui reste dans le canapé avec ses joints comme d’habitude mais toute la journée, en continu. Il est peut-être un peu plus sale car il ne sort pas travailler, voilà une légère différence !

D’autres sont confinés avec leur nouvelle amoureuse : effet «  île déserte » absolu : « leur amour résistera-t-il à cette promiscuité ? » on dirait de la télé réalité. 

Les familles :

Pour les enfants de parents divorcés : qui va où et quand ?

Certains grands enfants sont confinés avec leur copain, copine… loin du nid, pas simple pour certains parents pour qui c’est un crève-cœur de ne pas les avoir près d’eux ou au contraire soulageant pour d’autres qui redoutent leur charge virale parce qu’ils sont jeunes et potentiellement malades mais asymptomatiques !

Certains autres comprennent des années après la séparation que la notion de famille n’existe plus vraiment :

« -En situation grave on n’est plus ensemble tous les 4 c’est donc qu’on n’est plus une famille, non ? ».

« -Oui c’est le principe du divorce je te rappelle ! »

Qui prend des nouvelles d’eux ? De qui prennent-ils des nouvelles ? Qui est important pour eux ? Là aussi certains ont des surprises de taille.

Alors ils « prendront les feedbacks » comme on dit dans mon métier, ils accuseront-réception de qui était là ou non. Grosse tristesse amenée par des situations à changer, des croyances à modifier, des personnes « à trier » pour la vie future. Grande joie, aussi parfois, de renouer avec des personnes qu’ils ne voyaient plus pour une dispute qui n’a plus d’importance dans ce contexte.

 

En confinement, certains problèmes se sont « évaporés » :

Il y a des familles où les problèmes, au sens de Palo Alto, ont disparu. « Un problème est un problème en fonction de la perception qu’on en a » écrivait Paul Watzlawick donc si la perception change : plus de problème.

Dans un contexte de pandémie, de peur de la mort, certains problèmes relationnels passent au second plan, les patients se disent : « ce n’est pas si grave finalement, ça va aller ! »

Au début du confinement, des problèmes se sont évaporés !

Certains patients ont arrêté leurs « tentatives de solutions » pour résoudre leurs problèmes et ceux-ci, s’ils n’ont pas totalement disparus, furent comme « figés ». Un arrêt sur image : le temps fut suspendu, les problèmes aussi.

 

Des problèmes ont continué de s’aggraver :

Puis le temps a passé et les interactions avec les autres ont repris sur le même mode, comme des tours supplémentaires dans certains cercles vicieux relationnels et hop : Revoilà le problème et il est pire !

Une maman s’énerve sur son fils encore plus que d’habitude, au sujet des devoirs. Milieu de matinée elle pleure déjà (d’habitude c’était le soir à 22h) parce qu’Antonin ne veut pas faire ce que les profs envoient sur « ENT ».

D’ailleurs, certains parents saturent ce réseau utilisé par les profs et les élèves au lieu de rester sagement sur Pro Note (logiciel qui les fait déjà bien assez paniquer).

Certains parents disent « faire classe » à tour de rôle : l’un le matin, l’autre l’après-midi. Ce n’est pas leur métier pourtant ! Et la classe est composée de Marie 6 ans et Timéo 8 ans. Leurs enfants. Quelle galère !

Bref, comme d’habitude, mais en pire. « De quoi je me mêle ? » est la phrase qui me vient le plus souvent en tête, dans ces situations-là.

Les pauvres parents affolés par cette responsabilité tentent de faire un métier qu’ils ne connaissent pas, du jour au lendemain. Avec le résultat qu’on imagine. Ils interviennent aussi dans une relation qui ne les regarde pas et font des nœuds.

Souvent, je crois qu’il vaut mieux laisser tranquilles les enfants et les enseignants : ils savent ce qu’ils ont à faire les uns et les autres.

D’ailleurs des relations de soutien, de gratitude naissent en ce moment entre eux : c’est joli et délicat. Ainsi n’est-ce pas précisément le moment de rester en dehors de cela quand on est parent ? Ce serait dommage de gêner cette magie relationnelle qui se crée parfois entre enseignants et enfants. Les enfants aussi peuvent apprendre, par nécessité contextuelle, à être responsables de leurs apprentissages et de leur monde scolaire.

Si on en fait trop en tant que parent, on prend le risque de créer tout plein de nouveaux problèmes. On pourrait trouver dans quelques mois :

« Après le confinement Timéo n’a plus jamais voulu lire ». Il a plutôt été dégoûté à force de séances de lutte chaque jour : tortures répétitives en tête à tête avec son père. Alors le plaisir de la lecture, il ne connait plus. Il va falloir être patient, penserons-nous.

« – Depuis la fin du confinement la prof de maths ne veut plus me recevoir en rdv et je viens d’apprendre qu’elle est en arrêt :

– heu oui, ce n’est pas la prof que les parents engueulaient sur ENT et toi avec ?

– Si, si mais tu sais elle n’était vraiment pas claire…

– ah ben voilà. »

Voici des exemples de nouveaux problèmes que l’on pourrait trouver après, que nous aurons créés, sans le vouloir.

Des problèmes sont devenus urgents à régler, d’un coup !

Des problèmes ont été « promus » en : « à régler rapidement » donc des difficultés se sont transformées en problèmes comme on dit en thérapie brève et stratégique.

Une difficulté devient un problème au sens de Palo Alto quand on a essayé de nombreuses fois de la résoudre, sans résultat. On a mis en œuvre ce qu’on appelle des « tentatives de solutions » qui n’ont cessé d’aggraver la situation et maintenant il faut impérativement s’en occuper !

Une maman vit seule avec sa fille Téa, 5 ans. Son message pour prendre RDV ? Elle a une voix toute frêle et aigüe, des expressions surannées. Elle semble si gentille et si dépassée ! Elle me laisse son numéro car sa fille fait d’importantes crises de colère. Sur son message, j’entends des cris derrière sa jolie voix : on dirait la fille dans L’exorciste. Je me demande de suite : Vomit-elle du vert ?

Je plaisante mais cette maman est tout de même confinée avec son petit suppôt de Satan et ce n’est pas simple ! Elle décide de me consulter pour régler cela. Nous faisons donc nos séances en téléconsultation, pendant la sieste de la petite, pour être tranquilles, confinement oblige !

Une autre situation où le confinement a aggravé le problème : Une dame m’appelle pour son frère.

Il est confiné avec sa femme qui est hystérique, parano et de plus en plus violente. Ça fait beaucoup pour une seule personne, on peut donc comprendre que le frère, enfin le monsieur, ait peur.

« Les enfants aussi sont effrayés et lui reste prostré, terrifié le plus souvent. » me dit sa sœur.

La « mère folle » aussi est en proie avec une horrible peur : on veut lui enlever son bébé car il porte en lui quelque chose pour faire le vaccin contre le covid-19, pense-t-elle. Elle redoute qu’on vienne lui enlever. En effet, pas simple… (!)

Bref, puis-je le conseiller par sms ? (sa femme le surveille tout le temps, il ne peut pas parler) « heu non je ne peux pas ». Malgré toute ma bonne volonté, cela ne me semble pas possible ! J’aide finalement quand même un peu cette dame au téléphone pour qu’elle puisse dire des choses apaisantes à son frère.

Voilà un problème qui était déjà présent : des mois que cette mère va mal mais évidemment là c’est plus grave et plus impérieux de l’aider.

Des problèmes pour ceux qui ne sont pas confinés : les soignants 

Il y a aussi les problèmes de ceux qui ne sont pas confinés confrontés à des situations nouvelles et terribles, chaque jour. Par exemple, les soignants.

Ils ont peur d’être contaminés par des patients et de contaminer soit d’autres patients, soit leur famille : leurs parents ou leurs enfants.

Colère aussi contre la vie, contre le virus, contre la mort. Colère contre le manque de matériel.

Comment faire alors quand ils rentrent chez eux ? Comment font-ils ?

Une des médecins avec qui je travaille régulièrement a eu la généreuse idée de proposer des séances d’hypnose et d’auriculothérapie pour qu’ils retrouvent du calme et de la sa sérénité avant de rentrer : quelle belle idée ! Laisser sortir les émotions à la fin de la journée, les lâcher et peut-être pleurer grâce à ses séances.

Certains autres n’ont pas de problème pour l’instant au sens de Palo Alto, et personne ne peut prédire la trace que leur laissera ce périple dans les montagnes russes émotionnelles qu’ils traversent.

Pour eux, faire l’inverse de se relâcher les soulage mieux (même s’ils sont en revanche très fatigués). Certains vont donc préférer bloquer leurs émotions totalement : black-out total. Finalement, c’est extrêmement adapté au moment où ils le font, comme pour survivre à tout cela en se tenant à distance.

Est-ce que cela déclenchera un tsunami émotionnel ensuite ? Personne ne peut le dire, on verra bien, pour l’instant ça leur fait du bien me disent-ils, alors je les encourage à continuer ce qui fonctionne.

En tout cas, je constate que les problèmes sont toujours là : des problèmes ont disparu, ont changé ou se sont aggravés, d’autres sont nés subitement…tout continue.

La vie continue donc et l’être humain aussi on dirait…ouf !

Pour continuer à lire sur ces sujets, l’article de Dany GERBINET les premiers jours de la crise : https://www.linkedin.com/pulse/coronavirus-et-th%C3%A9rapie-br%C3%A8ve-strat%C3%A9gique-dany-gerbinet/

 

A lire aussi les articles de l’IGB, de Chagrin Scolaire, de Jean-jacques Wittezaele sur la thérapie brève et stratégique dans ce contexte.

ARTICLE : L’approche de Palo Alto : une alternative pour gérer le mal-être dans les organisations ?

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Cet article s’interroge sur les approches traditionnelles en santé au travail, en soulignant à la fois leurs caractéristiques, leurs apports et leurs limites, pour montrer en quoi l’école de Palo Alto peut constituer une approche pertinente en la matière.

L’originalité de cette dernière consiste à privilégier une démarche systémique, qui porte sur les interactions qui se jouent entre un individu souffrant et son environnement professionnel. A travers deux études de cas, l’un à l’hôpital, l’autre dans une entreprise agro-alimentaire de grande consommation, nous présentons le mode opératoire de cette approche.

La discussion qui suit permet une montée en généralité et précise dans quelles conditions l’approche de Palo Alto peut être mise en œuvre pour lutter contre les risques psychosociaux en entreprise.

Introduction

Le monde du travail est traversé par une multitude de problèmes psychosociaux – épuisement professionnel, burn-out, harcèlement, souffrances psychiques, etc. – dont le coût pour les organisations et la collectivité deviennent de plus en plus problématiques (Abord de Chatillon et al., 2012). La médiatisation des suicides au sein de grandes institutions françaises (Orange, Renault, La Poste, l’hôpital de Grenoble…) concourt à faire de la prévention de la souffrance au travail un sujet sociétal brûlant, qui interroge les pratiques managériales. Certains voient même dans ce phénomène une pathologie de civilisation liée à la nature des économies capitalistes, qui asserviraient l’être humain à une logique inextinguible de profit (Chabot, 2013). Si personne ne conteste l’importance du mal-être au travail, la manière de diagnostiquer le problème et d’y faire face est l’objet d’analyses divergentes (Thébaud-Mony et al., 2015). Comment accompagner et aider les salariés, managers ou collaborateurs lorsqu’ils sont en situation de souffrance ou de détresse ? Les réponses sont peu évidentes, malgré une production scientifique conséquente sur le sujet (Abord De Chatillon et Richard, 2015; Bernoux, 2015; Chakor, 2015).

L’approche de Palo Alto – du nom d’une petite ville de Californie où elle a été formalisée au sein du Mental Research Institute (MRI) à partir du début des années 1950 – vise à trouver des solutions concrètes, efficaces et rapides aux situations de souffrances psychiques (Wittezaele et Garcia-Rivera, 2006). Elle a fait l’objet de travaux en GRH (Brasseur, 2003), en communication (Dionne et Ouellet, 1990; Duterme, 2002), ou en conseil aux organisations (Malarewicz, 2012) et est régulièrement mobilisée en matière de résolution des conflits interpersonnels en entreprises (Gill, 2006 ; Boutan et Aubry, 2017) ou comme outil d’aide à la décision des entrepreneurs (Bornard et al., 2014). En revanche, elle reste encore peu appliquée en santé au travail, à l’exception de quelques travaux pionniers (Parmentier, 2009 ; Althaus et al., 2015). Dans ce domaine, elle est fondée sur l’idée maîtresse selon laquelle le mal-être, au travail ou dans d’autres sphères, est toujours le produit d’une interaction entre un individu et son environnement. C’est la relation de l’un à l’autre – et non l’un ou l’autre considérés comme des éléments indépendants – qui génère un état pathologique. Pour comprendre l’intérêt potentiel de la démarche de Palo Alto, il nous faut revenir, dans une première partie, sur les approches traditionnelles en management de la santé au travail. Nous verrons ensuite, dans une deuxième partie, les spécificités de l’école de Palo Alto et les principes d’intervention qui lui sont associés. La troisième partie sera consacrée au cadre méthodologique de notre recherche et à la présentation de deux études de cas. Nous discuterons dans une quatrième et dernière partie des mérites mais aussi des limites de l’approche de Palo Alto dans l’accompagnement et le traitement du mal-être au travail.

Les auteur-e-s

Didier Chabanet
Enseignant-Chercheur
IDRAC Business School
Chercheur au laboratoire Triangle
ENS Lyon
Chercheur associé
CEVIPOF-Sciences Po
(France)

Tarik Chakor
Maître de Conférences
IREGE EA 2426
Université Savoie Mont Blanc
(France)

Nathalie Goujon
Psycho-patricienne & formatrice
Professeure associée
ESDES – UCLy
(France)

Damien Richard
Enseignant-Chercheur
INSEEC School of Business & Economics
Chercheur associé
Chaire Management & Santé au Travail
IAE de Grenoble
(France)

ARTICLE : The conversation : Quand un proche fait une crise de parano

Il nous arrive à tous de faire, un jour ou l’autre, une crise de parano. D’être persuadé que tel collègue manœuvre, en douce, pour récupérer notre poste. Que tel ami, qui ne donne plus signe de vie, profite de ce silence pour dire du mal de nous aux autres, derrière notre dos. D’autre fois, ce sont nos proches que l’on regarde, impuissant, partir dans un délire qui peut aller très loin.

ARTICLE : The conversation : Harcèlement à l’école : apprenons aux enfants à se défendre

Plus personne n’ignore, aujourd’hui, que le harcèlement existe dans les cours d’école. Ni que ces humiliations, intimidations ou agressions répétées engendrent une grande souffrance chez les élèves qui les subissent. La plupart des parents s’inquiètent à l’idée que leur enfant puisse être visé. En réponse, l’Éducation nationale avait annoncé à la rentrée 2017 le « renforcement de la prévention et des sanctions ». Le ministre, Jean-Michel Blanquer, se déplace le 5 mars dans un lycée de Dijon pour évoquer les moyens dédiés à cet objectif

ARTICLE : Emotions débordantes, symptômes envahissants….que faire?

Congrès de la Société Française de Pédiatrie 2018

Le modèle de Palo Alto est un modèle de résolution de problèmes issu du travail de différents penseurs qui a révolutionné la pratique psychiatrique et psychothérapeutique dans les années 50.

C’est l’article de Grégory Bateson «Vers une théorie de la schizophrénie», le premier,qui démontra l’aspect interactionnel et contextuel (et non plus seulement intrapsychique) de certaines pathologies.

Afin de montrer comment ce modèle peut soulager rapidement et durablement des familles en souffrance, j’ai choisi de présenter des vignettes cliniques fréquemment rencontrées dans les cabinets de pédiatrie.

Des émotions débordantes qui prennent parfois la forme de troubles oppositionnels ou de phobies jusqu’aux symptômes envahissants comme l’énurésie ou le bégaiement, les situations de souffrance sont nombreuses, j’en choisis ici, deux.

ARTICLE : La cour de l’école et ses souffrances, comment sortir de la vulnérabilité?

Minutes du Colloque Université catholique de Lyon, Novembre 2013.

Dans cet article, nous exposerons notre compréhension et nos observations actuelles de la «vulnérabilité dans la cour de l’école» en deux parties distinctes.

Notre cadre de recherche est celui qui se limite à notre expérience en cabinet de consultations.

Il est bien évident que nous ne souhaitons pas affirmer disposer d’une liste exhaustive de toutes les situations de souffrances dans la cour de l’école.

Nous parlerons donc de ce point de vue là, du point de vue de 1000 consultations par an permettant d’élaborer ces réflexions.

ARTICLE : Processus effectual et modèle de Palo Alto

Processus effectual et modèle de Palo Alto

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Les points forts

  • Comment accompagner les entrepreneurs si l’on ôte le support rassurant d’une approche causale ?
  • Comment apprendre aux entrepreneurs à s’adapter en souplesse à l’incertitude et aux aléas de l’environnement dans une démarche effectuale, les aider à sortir de certaines routines de pensée et d’action devenues inefficaces, voire nuisibles ?
  • Sur la base d’une expérience menée au sein d’un incubateur étudiant, nous étudions comment une méthode d’accompagnement fondée sur le modèle de Palo Alto peut répondre à ces questions…